Historique de la médiation sociale

Une tradition ancestrale

La médiation sociale est une pratique encore relativement récente en France, puisqu’elle a émergé autour des années 1980. Cependant, son origine remonte à des pratiques anciennes, répandues dans de nombreuses cultures, notamment en Afrique (l’art de la palabre) et en Asie (où le Confucianisme apparaît emprunt des principes de médiation).

Le recours aux voisins, aux amis, aux chefs de famille, aux curés ou aux « anciens », pour gérer des problèmes sociaux ou régler des conflits à l’amiable, constituait dans de nombreuses cultures un préalable quasi obligatoire avant tout recours aux instances dirigeantes ou judiciaires.

Ces formes anciennes de médiation étaient réalisées « à l’intérieur du lignage ou du village » et prenaient en compte les intérêts de la communauté. Avec l’exode rural et la concentration des habitants dans les grandes villes, ces instances de régulation sont peu à peu rejetées et délégitimées, au profit de nouvelles formes de médiation centrées sur l’individu, exigeant l'intervention d'un tiers extérieur et le respect de la confidentialité.

  

Un tournant économique et social au milieu des années 1970

La médiation sociale naît de la conjonction de l'exode rural et du changement brutal de contexte économique et social dans les années 1975 : la crise pétrolière marque la fin des « Trente glorieuses » et engendre des restructurations industrielles et une croissance continue du chômage et des difficultés des familles.

Quelques années plus tard, les lois de décentralisation modifient le contexte institutionnel avec le transfert des compétences de l’action sociale vers les départements. Par ailleurs, les réformes successives liées à l’habitat depuis 1975 ont eu pour effet de rassembler dans les quartiers d’habitat social les populations les plus en difficulté, les premières frappées par le chômage, et notamment les populations immigrées.

En 1982, la création d'une "politique de la ville" spécifiquement dédiée à ces quartiers en difficultés constitue une reconnaissance de fait de ce processus de spécialisation des territoires entamé depuis le début des années 1980.

Aujourd’hui, 5 millions d’habitants résident dans ces "Zones urbaines sensibles" rebaptisées "quartiers prioritaires de la politique de la ville" en 2014.


Un foisonnement et une diversité d’initiatives dans les années 1980

C’est dans ce contexte qu’apparaîtront ceux que l’on appellera les « nouveaux acteurs » sociaux. Issus des territoires, ils utilisent les possibilités offertes par la politique de la ville et ses financements pour tenter de résoudre certains dysfonctionnements contre lesquels les pouvoirs publics sont, à leurs yeux, incapables d'intervenir.

Les premières tentatives de médiation sociale n’ont pas abouti : elles ont bien souvent consisté à « acheter la paix sociale ». Pourtant, que ce soit dans les quartiers ou les transports en commun, ces nouveaux intervenants, dénommés plus familièrement « grands frères », ont montré dans les premiers temps une relative efficacité. Mais dans la mesure où leur recrutement s’est fait sur une « appartenance » ethnique ou territoriale et a rarement été accompagné d’une politique de formation, d’encadrement et de professionnalisation, des dérives proches d’une forme de caïdat se sont développées et beaucoup de ces « grands frères » conservent encore un profond ressentiment contre les pouvoirs publics.

 

Les femmes-relais appartiennent elles aussi à cette génération de nouveaux acteurs sociaux, issus des quartiers d’habitat social et de l’immigration, apparus à la fin des années 1980. Ces femmes s'organisent spontanément, d’abord individuellement, puis en association, pour accompagner leurs voisines dans leurs démarches à la PMI, au service social ou encore à la Préfecture. Elles s’appuient sur leur expérience personnelle, et sur leur connaissance des modes de vie des populations auprès desquelles elles interviennent. C’est cette proximité des femmes-relais médiatrices avec les familles qui rend le travail possible : par une traduction culturelle entre des personnes et des univers sociaux qui ont du mal à se comprendre, à se parler ; par la levée des réticences des familles face à des services sociaux qui sont d’abord vécus comme des services de contrôle.

La circulaire adultes-relais publiée en 2000 s’appuiera beaucoup sur ces expériences et ce savoir-faire spécifique.

Structuration et professionnalisation de la médiation sociale

Depuis, des dispositifs de médiation sociale se sont créés dans la plupart des quartiers en difficulté.

Le métier reste pourtant associé à une forme de précarité, puisque l'essentiel des emplois de médiateurs se sont développés grâce à des contrats aidés. La médiation sociale culminera à 20 000 postes en 2000, à l’apogée du dispositif emplois-jeunes pour diminuer de plus de la moitié à la fin de ce dispositif et remonter à près de 10 000 en 2009 avec la relance du programme adultes-relais.

Même si la qualité des services de médiation sociale est contrastée d'un dispositif à l'autre (en fonction des moyens affectés aux missions, à la formation, à l'encadrement et en fonction du cadrage partenarial) un mouvement de professionnalisation constant et puissant s’est constitué depuis le début des années 2000. Il a bénéficié du soutien de la Délégation Interministérielle à la Ville (DIV), du Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT), de la Direction Générale de la Cohésion Sociale (DGAS) et de l’Acsé qui ont posé les jalons nécessaires à cette dynamique d’ensemble.

Les modes d'intervention de la médiation sociale sont analysés pour la première fois dans un rapport remis au ministre délégué à la Ville, Claude BARTOLONE, par Claude BREVAN et Paul PICARD en 2000.

Une charte de référence

Lors du séminiaire européen organisé en 2000 à Créteil par la DIV, 43 experts de 12 pays européens s'accordent sur une définition commune de la médiation sociale comme un « processus de création et de réparation du lien social et de règlements des conflits de la vie quotidienne, dans lequel un tiers impartial et indépendant tente à travers l’organisation d’échanges entre les personnes ou les institutions de les aider à améliorer une relation ou de régler un conflit qui les oppose ».

En octobre 2001, un groupe de travail interministériel (sous la présidence d’Yvon ROBERT) élabore la Charte de référence de la médiation sociale qui définit le cadre déontologique du métier.

En octobre 2002, un étude du CREPAH indentifie cinq emplois-repères de la médiation sociale et précise leurs domaines d’activités à travers la déclinaison de leurs compétences et de leurs modalités d’intervention : Agent de prévention et de médiation présent dans les espaces publics et/ou ouverts au public, Agent d’ambiance dans les transports, Médiateur social et culturel, Correspondant de nuit et Coordinateur d’équipes de médiation.


Des formations diplômantes

Ces travaux ont permis de mettre en place des formations diplômantes ciblées et adaptées telles que Agent de Médiation d’information et de Service (AMIS, niveau V) et Technicien Médiation Service (TMS, niveau IV), l’objectif étant de sortir de la précarité ces emplois de médiation sociale. L’essor de la médiation sociale et la diversification des activités ont depuis considérablement élargi le spectre des diplômes et formations mis en oeuvre par le champ de la médiation sociale (CAP Prévention et Médiation, Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Education Populaire et du Sport, Licences professionnelles, Bac professionnel...), notamment par le recours aux démarches de VAE.

L’ambiguïté demeure toutefois persistante dans de nombreux dispositifs alliant médiation sociale et programmes d’insertion par l’emploi. A ce titre, des passerelles sont organisées vers l’animation sportive et culturelle, la sécurité publique, le travail social, le logement, le transport et la fonction publique territoriale.

Evaluation de l'utilité sociale de la médiation sociale

L’étape suivante était celle de l’évaluation, définie comme axe prioritaire tant par la DIV que par le CNFPT lors du colloque national sur la médiation sociale organisé le 15 juin 2005.

En 2008, 5 structures de médiation sociale fondatrices du réseau France Médiation remettent un rapport d'évaluation de l’utilité sociale de la médiation sociale au Ministre du Logement et de la Ville. Ce rapport donne lieu à la publication du Guide d'évaluation de l'utilité sociale de la médiation sociale.

Vers la reconnaissance du métier

En 2011, le Comité Interministériel des Villes "reconnaît le métier de la médiation sociale et l’importance des rôles des médiateurs dans les quartiers. Il décide notamment de mieux valoriser les métiers de la médiation sociale. » (CIV du 18 février 2011). Il valide les 6 propositions du rapport sur les conditions de reconnaissance du métier de médiateur social visant à favoriser la reconnaissance du métier (création d'un observatoire, offre de formation des médiateurs sociaux, portage mutualisé des dispositifs, reconnaissance de la médation dans la filière animation de la fonction publique territoriale et dans les répertoires de métiers, amélioration de la mobilité professionnelle des médiateurs).

Le Code ROME

Le 12 novembre 2012, l'une des propositions du groupe de travail a été concrétisée par l'actualisation des codes ROME K 1204 et K 1205. Consulter les fiches K1204 et K1205 sur le site de Pôle Emploi.

La fonction publique territoriale intègre la médiation sociale

Le décret du 11 octobre 2012 intègre les interventions de médiation sociale aux missions des adjoints territoriaux d'animation ainsi qu'à celles des animateurs territoriaux. 

Cette intégration donne un nouveau cadre pour situer les médiateurs sociaux dans un cadre d'emploi correspondant à une grille de salaire, évolution, conditions d'emploi et d'évolution, etc. 

La norme métier

Le 13 décembre 2016, la norme métier de la médiation sociale a été présentée officiellement. Cette norme, créée sous l'égide de l'Etat et avec l'appui de l'AFNOR, offre pour la première fois un cadre commun à l'ensemble des acteurs de la médiation sociale, permettant de garantir la qualité des interventions et de faire reconnaître le travail des médiateurs sociaux.