Focus sur une initiative de médiation sociale

La médiation itinérante : "un outil d'accroche et d'approche"

L’association Médiation 86 développe depuis 20 ans des actions de médiation sociale dans les espaces publics, les transports, l’habitat, le milieu scolaire et l’emploi. En mai 2018, elle a initié un nouveau projet de médiation itinérante, pour contrebalancer l’appropriation de certains espaces publics, créer des lieux de rencontre entre habitants et renouer le lien avec les institutions, en particulier les acteurs de l’insertion professionnelle.

Entretien avec son directeur, Smail BEN DJILALI.

L’association Médiation 86 a été créée en 1998 dans le cadre du dispositif « emploi jeunes », en lien avec le CLSPD. Elle a beaucoup évolué depuis.Notre équipe de 7 médiateurs intervient du mardi au samedi, de 11h à minuit, sur l’ensemble des territoires de Châtellerault, ce qui amène de la cohérence dans nos différentes interventions sur les espaces publics, dans l’habitat social, les transports ou en milieu scolaire. Ces horaires décalés nous permettent d’être présents à des moments où les missions de prévention, notamment auprès des jeunes, ne sont pas assurées par les autres acteurs du territoire.

Nous avons une diversité de financeurs et d’adhérents (la ville de Châtellerault et l’agglomération, des bailleurs, la société de transports, la société Auchan...), avec qui nous co-construisons nos interventions de médiation sociale.

Au fil des années, nous nous sommes rendus compte que le fait d’aller au contact de ces jeunes n’était pas suffisant, qu’il fallait dépasser le simple rappel aux règles et travailler de manière plus profonde sur l’insertion professionnelle. Notre objectif est de faire de la « pré-insertion », en jouant un rôle d’intermédiaire entre les jeunes éloignés de l’emploi et de la formation et les acteurs sociaux ou économiques qui n’arrivent pas toujours à toucher ces publics : la mission locale, l’école de la deuxième chance ou les entreprises locales. Nous avons ainsi organisé dernièrement 3 visites pour montrer aux jeunes la réalité du travail en entreprise.

Nous n’avons pas vocation à faire de l’accompagnement, nous ne sommes pas conseillers en insertion professionnelle. Notre rôle est d’informer les personnes, de répondre à leurs préoccupations, et, dans certains cas, de les accompagner à la mission locale ou au CIO.

Vous avez récemment mis en place un nouveau projet de médiation itinérante, « Médiacité ».  Comment est né le projet ? Quels sont ses objectifs et sa complémentarité avec vos autres missions ?

Ce projet est né d’un diagnostic partagé dans le cadre du CLSPD : sur certains secteurs du territoire, on constatait une appropriation des espaces publics par des groupes et des actes d’incivilité ou de délinquance.

Nous avions déjà expérimenté, l’hiver dernier, des temps  de médiation dans un local éphémère, qui nous avait permis d’accueillir 1500 personnes en seulement 3 semaines. Pour pouvoir circuler de quartier en quartier, être présents et visibles dans les endroits stratégiques (en pied d’immeuble par exemple) et aller à la rencontre de tous types de publics, nous avons proposé de mettre en place un projet de médiation itinérante, inspiré de la « Médiation nomade » de Yazid Kerkfi. Nous avons ainsi acquis un véhicule utilitaire, qui a été customisé par 8 jeunes avec l’aide de l’artiste graffeur Saïd Boucena.

L’enjeu est de réduire le sentiment d’insécurité et de renforcer le vivre ensemble, en assurant une présence bienveillante et itinérante sur les espaces publics et les lieux « à problème » et en provoquant des rencontres entre les différents types de populations. Il s’agit aussi de mener un travail d’information sur les dispositifs d’insertion et de créer du lien avec des jeunes à la marge.

Ce camion est un support pour développer nos activités de médiation et un outil permettant d’aller à la rencontre de publics divers.

Nous nous installons dans les quartiers en soirée, avec une table, des fauteuils, du café mais aussi un billard et une table de ping-pong et nous allons chercher les jeunes pour les inviter à nous rejoindre.

Depuis un mois que nous expérimentons ce projet, nous avons animé 4 soirées avec 250 personnes et les retours des habitants sont très positifs. Ce qui fait l’intérêt de ce dispositif pour les habitants, c’est sa souplesse. Les gens sont libres de venir quand cela leur convient, sans rendez-vous et sans le formalisme institutionnel qui peut faire fuir certains publics.Nous devons encore développer la dimension partenariale de ce projet et mobiliser les éducateurs de prévention, les professionnels de la mission locale, pour cet outil permette une vraie médiation entre les publics et les acteurs institutionnels. Cela permettra aussi à ces acteurs, qui ont parfois du mal à intervenir auprès de certains jeunes, de se réinterroger sur leurs pratiques en adoptant ce type d’approche contournée qui permet de réengager le dialogue.

La norme et la certification AFNOR ont formalisé un mouvement de professionnalisation du métier de la médiation sociale. Quel est votre regard sur cette démarche?

L’année 2017 a été marquée par un tournant important dans le projet de développement et la professionnalisation de l’association.

Tous les médiateurs ont suivi la formation « Médiateur-trice Social-e Accès aux Droits et Services » (MSADS) en intra-entreprise. C’était une vraie volonté de notre part de permettre à l’ensemble de l’équipe d’obtenir un diplôme de médiation, à travers une formation organisée en interne. Au terme de 35 jours de formation en alternance, les médiateurs ont obtenu les félicitations du jury pour la qualité de leurs écrits professionnels.

Ce mouvement de professionnalisation était inscrit dans le nouveau projet de l’association. Il permis d’enclencher une nouvelle dynamique de créer une réelle plus-value en termes de montée en compétences et de motivation des salariés.

Cette démarche s’inscrit dans la certification AFNOR, sur laquelle nous sommes positionnés et qui constituera un gage de professionnalisme pour les équipes et les partenaires.

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