Focus sur une initiative de médiation sociale

L'accompagnement du DLA : retour sur 2 expériences

Le Dispositif Local d'Accompagnement peut constituer une ressource précieuse pour les associations qui souhaitent être accompagnées à consolider ou développer leurs activités et leurs emplois.

Illustration à travers 2 expériences : un accompagnement individuel de l'association P@je et le DLA collectif mené dans les Hauts-de France.

Créé en 2002 par l'Etat et la Caisse des dépôts, le DLA un dispositif public présent sur l'ensemble du territoire national.
En fonction des besoins exprimés, un accompagnement peut être fourni sur des thématiques très diversifiées : (re) définition du projet associatif, développement des financements, organisation etc...

Dans le cadre du dispositif local d’accompagnement des Alpes-Maritimes, France Médiation a été mandatée pour accompagner l’association PAJE dans la restructuration du service médiation sociale.


L’association PAJE, qui met en œuvre plusieurs actions de médiation sociale à Nice et dans les Alpes-Maritimes (espace public, milieu scolaire, habitat social, équipements sportifs…), souhaitait réinterroger son organisation afin de répondre à des besoins croissants des territoires et de faire face à une augmentation de l’activité durant les dernières années. La mission avait donc pour objectif de faire l’état des lieux de l’organisation actuelle, de clarifier le rôle et les missions des salariés et de proposer des modes d’organisation efficients pour l’activité.


Cette démarche d’accompagnement partagée entre PAJE et France Médiation a permis à la structure de s’appuyer sur les ressources et le regard extérieur de France Médiation pour ajuster son projet de service et s’adapter à la fois aux besoins du territoire et aux attentes de ses partenaires stratégiques.


Dans les Hauts-de-France, la Mission régionale d'appui et la Chambre Régionale de l'Economie Sociale et Solidaire (CRESS) ont mis en place un DLA collectif, proposé à l'ensemble des associations de médiation sociale de la Région à titre gratuit.

En effet, au-delà du déploiement du plan de professionnalisation des médiateurs sociaux, la MRA a identifié un besoin d’accompagnement plus global des structures, notamment des petites structures associatives.

La MRA et la CRESS ont effectué un travail de recensement et de mobilisation des associations mettant en place un projet de médiation sociale et bénéficiant de conventions adultes-relais. Nord Actif a été associé à la démarche en qualité d’opérateur départemental.

Le 19 octobre 2016, une rencontre a permis de réunir un petit groupe de 6 structures pour évoquer les enjeux de ce type d’accompagnement et les besoins des structures. La principale question ayant émergé des échanges est celle de la pérennisation des emplois aidés. Les associations ont évoqué des besoins d'accompagnement en matière de : méthodologie de projet et d’évaluation, recherche de financement (public/privé) et de réflexion RH .

Le prestataire devra dégager des pistes concrètes d’actions et de financements permettant de pérenniser les contrats aidés (adultes-relais en priorité) et accompagner les acteurs sur la formalisation d’un ou de projets/actions, en y incluant un process d’évaluation.

L'accompagnement s'appuiera sur les outils de France Médiation tels que le référentiel d’évaluation CITER ainsi que sur les modèles économiques présentés en amont. L’accompagnement collectif, prévu sur une durée de 6 mois, démarre au premier trimestre 2017.

Paris fait appel à des accompagnateurs-tiers pour animer ses conseils citoyens

La Préfecture de Paris a fait appel en 2016 à France Médiation pour coordonner le projet d’accompagnement des 8 conseils citoyens de la capitale (10è, 11è, 13è, 14è, 17è, 18è, 19è, 20è arrondissements).


L’objectif : favoriser le développement, la structuration et le fonctionnement des conseils citoyens dans le respect du principe d’indépendance de cette instance participative. Huit postes d’animateurs-accompagnateurs en conventions adultes-relais ont ainsi été créés au sein de l’association Optima, avec le soutien de l’État et de la Ville de Paris. Ils ont pris leurs fonctions le 20 mars dernier.


Ces accompagnateurs ont trois axes prioritaires d’intervention :

> Favoriser la participation des habitants au conseil citoyen, à travers une démarche active de mobilisation

> Accompagner la dynamique participative en facilitant les échanges, l’identification et l’expression des attentes des habitants lors des réunions du conseil citoyen,

> Faciliter la mise en œuvre des actions du conseil citoyen à travers un appui logistique et administratif.

 
Ils ont un rôle en tiers entre les conseillers et entre les conseils citoyens et les institutions (voir circulaire du 2 février 2017)
 
L’enjeu est donc de parvenir à mobiliser plus largement les habitants autour de cette instance participative et de contribuer à ce qu’elle soit pleinement opérante.


Les accompagnateurs ont suivi une formation du 1er au 17 mars portant sur les fondamentaux de la médiation sociale, la connaissance de la politique de la ville et l’animation de réunions participatives.

       

Association Grand Dijon Médiation

L'Association Grand Dijon Médiation a démarré son activité en juillet 2016, avec une équipe de 16 médiateurs sociaux présents en fin de journée et en soirée, dans le parc des bailleurs sociaux et sur l'espace public.


Son directeur, Patrick Tite, explique "l'axe délibérément social" que l'association souhaite donner à ses interventions et sa volonté de s'inscrire dans la dynamique de professionnalisation engagée par la loi et la norme.

"Nous souhaitons que nos pratiques permettent de donner ses lettres de noblesse à ce métier encore trop peu connu en France".




L'interview :

Comment est née l’AGDM ?

"L’association Grand Dijon Médiation (AGDM) est née en novembre 2015. Les médiateurs sociaux ont été recrutés et formés par France Médiation en juillet 2016. 

Le réseau a occupé une place importante dans la genèse de l’AGDM, puisque la création de l’association a fait suite à un diagnostic territorial mené en 2015 et à un groupe de travail composé de cinq communes de l’agglomération. Quatre de ces communes se sont engagées dans le projet* ainsi que cinq bailleurs sociaux** du Grand Dijon. Ces acteurs siègent au Conseil d’administration de l’AGDM et apportent chacun leur contribution financière au projet.

Le contrat de ville de l’agglomération mentionnait l’importance d’un service de médiation sociale. Le groupe de travail piloté par le Grand Dijon a réaffirmé cette volonté et fait le choix d’un portage associatif. Jusqu’en décembre 2015 en effet, Dijon avait un service municipal de médiation qui fonctionnait en journée, avec des missions non identiques aux nôtres.

Avant 2013, il y avait également un service de correspondants de nuit. Sur l’agglomération, il existe aussi un PIMMS qui travaille notamment dans les transports en commun."


Quelles sont vos missions ?

"Ce nouveau service AGDM intervient en fin de journée et en soirée, au moment où les structures « classiques » ferment leurs portes, dans le parc des bailleurs sociaux et sur l’espace public.

Nos actions ciblent les quartiers prioritaires et les territoires de veille, mais 30% de notre activité peut s’exercer en dehors de la géographie prioritaire. Par exemple, nous intervenons dans le centre-ville de Dijon et dans d’autres communes où les élus ont souhaité ancrer une présence préventive de médiation, sans attendre qu’il y ait d’importantes dégradations.

L’équipe est composée de 21 salariés, un directeur, un directeur adjoint, une assistante, deux coordonnateurs (qui encadrent chacun une équipe et font aussi de la médiation de terrain) et 16 médiateurs sociaux.

L’ensemble des salariés est à temps plein, en CDI. Nous disposons de deux contrats aidés, « adultes-relais ». Il existe une forte volonté politique de chacune des villes d’améliorer le cadre de vie des habitants : elles ont bien identifié les quartiers cibles et l’enjeu de réactivité dans la réponse apportée. Leurs attentes sont très fortes. Les bailleurs sociaux sont aussi très engagés dans l’amélioration du cadre de vie.

Nous sommes sur un spectre large de la médiation sociale, nous ne nous limitons pas à des interventions de tranquillité publique sur l’espace public ou de la gestion de conflits dans le parc privé. Nous avons également vocation à beaucoup œuvrer avec les associations qui accompagnent les sans-abris. Nos actions s’inscrivent assez largement dans le tissu social de l’agglomération dijonnaise, en partenariat avec les associations qui travaillent dans l’intervention sociale, que ce soit auprès des jeunes ou des personnes âgées.

Dans l’habitat social, nous sommes  sollicités par les bailleurs ou les habitants pour gérer les conflits en temps différé. Nous sommes actuellement en pleine phase de communication auprès des locataires sur cette possibilité d’avoir recours à la médiation pour gérer des différends entre voisins ou aborder les phénomènes de regroupement dans les parties communes, un sujet sur lequel nous sommes régulièrement sollicités. Nous expliquons bien que nous nous intéressons à l’ensemble des habitants de l’immeuble et que tous les publics doivent pouvoir bénéficier des interventions de la médiation. C’est essentiel pour engager un climat de confiance avec les  publics, notamment les jeunes et faire le lien avec d’autres associations ou organismes, comme les missions locales ou Pôle emploi.

Nos actions s’inscrivent dans un objectif délibérément social, nous insistons beaucoup sur ce point. ll nous semble important que les interventions de médiation se prolongent par un traitement social des situations afin de faciliter les parcours individuels et s’inscrire dans une logique de traitement de fond des situations. Nos interlocuteurs pourront aussi être les services de l’État ou l’Education nationale dans le cadre, par exemple, des programmes de réussite éducative.

Nous sommes présents dans les différentes instances, CLS, CPSQ, CLSPD des différentes communes, où nous apportons notre analyse du territoire à partir d’un angle social. Nous ne voulons pas réduire la médiation sociale à de la tranquillité publique mais plutôt y apporter une large contribution. L’idée c’est d’offrir aux populations une vraie offre de services.

Nous sommes en train de former les équipes au logiciel de reporting Medios, ce qui va nous permettre d’avoir un grand niveau de réactivité dans la lisibilité de nos actions, auprès des habitants et des partenaires.
Nous sommes membres du réseau avec une volonté de mutualiser les expériences et les pratiques. Nous serions ravis d’accueillir des structures à Dijon  et de découvrir leur environnement et modalités de travail!

Nous voulons nous inscrire très fortement dans la dynamique de professionnalisation : nous nous sentons concernés par les enjeux nationaux de la médiation sociale, par la norme métier et l’inscription dans le Code de l’Action Sociale et des Familles. Nous souhaitons que nos pratiques permettent de donner ses lettres de noblesse à ce métier encore trop peu connu en France."

Télécharger la plaquette de présentation de l'AGDM




Voir le reportage sur l'AGDM à 18.45 min.


19/20 Bourgogne




* L’agglomération du Grand Dijon et les villes de Dijon, Chenôve, Longvic et Quetigny.

** Les bailleurs sociaux Dijon Habitat (devenu Grand Dijon Habitat depuis le 01/01/17), ICF Sud-Est Méditerranée, Orvitis,  SCIC Habitat Bourgogne et Villéo.

Gouvernance : le modèle du groupement d'intérêt public

Créé en 2014, le Groupement d’Intérêt Public (GIP) Bordeaux Métropole Médiation emploie 12 médiateurs sociaux. Il intervient à l’échelle de la métropole bordelaise auprès des populations d’origine roumaine et bulgare et sur la ville de Bordeaux, en faveur de l’accès aux droits et de la gestion des conflits d’usage et de voisinage dans les espaces publics et l’habitat social.

Interview d’Éléonore Bécat, Directrice du GIP Bordeaux Métropole Médiation

Quel bilan tirez-vous de ce modèle de GIP, 2 ans après sa création ?

"Le modèle de GIP est intéressant parce qu’il suscite l’intérêt et l’engagement des partenaires.

Avec le GIP, le projet de médiation sociale peut appartenir à tout le monde. C’est un outil qui permet de faire connaître ce métier (qui reste parfois mal compris) dans les cercles politiques, auprès de l’ensemble des maires de la métropole par exemple.Le GIP se distingue en cela des associations, qui ont un projet politique et une gouvernance propres, moins facilement « partageables », notamment par les collectivités.

En intégrant ses partenaires dans la gouvernance, le GIP leur permet de mieux s’approprier les missions et le cadre d’intervention de la médiation sociale. Par exemple, la Métropole souhaitait mettre en place une mission de médiation auprès des populations d’origine bulgare et roumaine qui vivent en squat. Le GIP est apparu comme le bon porteur.

Aujourd’hui nous avons des collectivités, des bailleurs sociaux, une association (le PIMMS de Bordeaux) parmi les membres du GIP. C’est vraiment un regroupement d’acteurs autour d’un intérêt public.

Ce mode de gouvernance ne remet pas en cause notre cadre d’intervention. Nous avons bien défini en amont ce qui relève des missions des médiateurs et ce qui n’entre pas dans notre champ de compétence. Nous avons une identité et une finalité fortes, grâce à notre adhésion au réseau France Médiation et aux orientations définies par notre conseil d’administration.

Je pointerais un difficulté : d’un point de vue financier, le modèle de GIP peut être plus adapté à la mise à disposition de personnels qu’à l’embauche directe. Nous sommes davantage taxés qu’une association, puisque nous ne bénéficions pas de l’exonération de charges patronales ("abattement Fillon"), ni d’exonération de taxe sur les salaires".

Comment articulez-vous vos actions avec celles des autres intervenants sociaux de la métropole ? Quelles sont les perspectives de développement pour le GIP ?

"La médiation sociale existait déjà sur le territoire métropolitain, bien avant le GIP. Notre mission n’est pas de nous substituer aux interventions existantes, ou de faire « en plus ». Nous intervenons uniquement sur les territoires ou auprès des publics qui ne sont pas déjà touchés par des actions de médiation sociale. Par exemple, nous n’intervenons pas à Mérignac, où la Ville porte un service de médiation sociale.

A terme, on pourrait imaginer que le GIP puisse jouer un rôle de coordination, pour renforcer les synergies entre les différents acteurs de la médiation sociale, mais aussi, plus largement, avec les dispositifs partenaires. Par exemple, le GIP pourrait devenir une ressource pour mettre en réseau les dispositifs de la métropole qui interviennent auprès des populations originaires de l’Est.

Nous souhaitons aussi développer nos activités dans l’habitat social, en renforçant nos partenariats avec les bailleurs. Nous travaillons également à la mise en place de médiation de nuit, entre les établissements nocturnes ou les festivals et les riverains".

Evaluation des coûts évités grâce à la médiation sociale  

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